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6. "LE CORBUSIER"

(Charles-Edouard JEANNERET)

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1887 - 1965

(Photo René Burri, Magnum, Paris)


  worksabout

 

 

REVELATION PAR SON MAITRE DE L‘ÉLÈVE JEANNERET

Dans son ouvrage "L’Art décoratif d’aujourd’hui" paru en 1925, l’architecte Le Corbusier reprend une citation de son maître L’Eplattenier: "Seule la nature est inspiratrice, est vraie, et peut être le support de l’oeuvre humaine. Mais ne faites pas la nature à la manière des paysagistes qui n’en montrent que l’aspect. Scrutez-en la cause, la forme, le développement vital et faites-en la synthèse en créant des ornements." Ayant côtoyé toutes sortes de mouvements européens de l’Art Nouveau, Charles L’Eplattenier revient à La Chaux-de-Fonds, ville natale du Corbusier, et y enseigne dès 1897 les arts décoratifs à l’Ecole d’Art fondée par la Société des Patrons Graveurs (de boîtes de montres).La Chaux-de-Fonds, capitale horlogère à la fin du XIXe siècle, se fait connaître dans le courant de cet Art nouveau au début du XXe siècle. Professeur de composition décorative, L’Eplattenier élargit son cours à d’autres matières: décoration de bâtiments, mobilier, bijouterie, etc. Ce maître développe par la suite un véritable atelier sous forme d’un Cours Supérieur de Décoration dès l’année 1904.

Fils d’un fabricant de cadrans de montres indépendant, Charles-Edouard Jeanneret entre dans cette Ecole d’art en 1900, à l’âge de 13 ans afin d’y apprendre les rudiments de la décoration horlogère. L’Eplattenier dirige effectivement ses élèves "avec clairvoyance" dans des voies diverses. Charles-Edouard Jeanneret entend L’Eplattenier lui dire: "Toi, tu seras architecte." Jeanneret "Ce sera le premier acte d’une aventure merveilleuse. Nous étions une véritable famille" et parlant de ses collègues étudiants: "Quelle cohorte ! Une joie magnifique, une foi totale". Plus tard il tracera ce portrait de L’Eplattenier à peine âgé de 14 années de plus que lui: "Mon Maître, un excellent pédagogue, véritable homme des bois, nous fit homme des bois. La camaraderie et l’amour de la nature dominent ces passions."

LES DIFFICULTES D’UN PIONNIER

L’Eplattenier, l’architecte Chappallaz et Jeanneret réalisent ensemble, au sein des "Ateliers d’Art Réunis", des villas dès 1904 (villas L’Eplattenier, Fallet, Schwob -la 1ère -, etc.): on pourra parler "d’art sapin" et comme le dit Jeanneret à L’Eplattenier en 1908: "Où les Parisiens mettent une feuille modelée d’après nature et les Allemands un carré poli comme un miroir, et bien nous mettrons un triangle avec des pives et notre goût sera sauf et nous ne gâcherons pas nos courtes années d’études".

Jeanneret écrit avec ses collègues "un mouvement d’art indiscutable s’est manifesté à La Chaux-de-Fonds. Il fut créé, a été amplifié par l’enthousiasme et la foi en une idée de progrès. Il a donné toutes les preuves possibles de sa vitalité. Il est reconnu en Suisse et à l’étranger."

Mais alors que les esprits conformistes obtiennent la fermeture du cours en 1914, le petit-fils de Le Corbesier (d’où son choix de surnom) témoigne: "Le maître avait oublié qu’il y avait des coeurs farouchement égoïstes. La belle aventure, l’éblouissante aventure avait pris fin." Cet épisode illustre la carrière de Le Corbusier qui est difficile à comprendre, si on ne se penche pas sur l’histoire de ses difficultés de pionnier et d’innovateur.

Sa vision de la modernité, un véritable acte de foi, sera souvent étouffée. Il surnomme la partie tragique de sa vie, où il subit les pires obstructions des milieux classiques et traditionnels, "ses années de cheval de fiacre".

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Le Corbusier en train de préparer l’implantation à Zurich, au bord du Lac, du pavillon «Galerie d’Art Heidi Weber » en présence de l’architecte de la Ville Adolf Wasserfallen et la promotrice – Photo R. Burri, Magnum, Paris).

A la fin de sa vie, il écrit en préface à la réédition de 1958 de "Vers une Architecture" que "des gens très fins dégustateurs me qualifient aujourd'hui d’architecte baroque. C’est la plus atroce désignation qui puisse m’être conférée. Traité de sale ingénieur en 1920 (je l’acceptais), me voici passé sur l’autre bord des enfers - aux extrêmes ! Peut-être est-il heureux d’être encore engueulé à 70 ans !!!"

LE CORBUSIER ARCHITECTE, UN VISIONNAIRE

Nul n’est prophète en son pays: il écrit en 1962 "permettez-moi, très amicalement, de vous signaler que j’ai quitté La Chaux-de-Fonds en 1917, où j’enseignais dans l’école de L’Eplattenier, les autorités déclarant que je ne savais pas dessiner et m’obligeant à passer le brevet de dessin ... En 1923 je faisais la Maison Le Lac (sa "petite maison") qui fut déclarée crime de lèse-nature par les autorités avoisinantes. Un peu plus tard, j’ai fait l’immeuble Clarté à Genève immédiatement occupé par une clientèle excellente: des banques refusèrent la seconde hypothèque sous prétexte que dans vingt ans cet immeuble serait abandonné par ses habitants."

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Son atelier d’architecture de la Rue de Sèvres 35 à Paris (image ci-dessus – Photo R. Burri, Magnum, Paris) sera à la source de nombreux projets visionnaires comme celui du Palais des Nations de Genève (1927, refusé), des villas du Weissenhof à Stuttgart, la Villa Savoye (1929), les projets d’urbanisation d’Alger (1930), son Palais des Soviets à Moscou (1931, refusé), le Pavillon Suisse de la Cité universitaire de Paris (1932); à la fin de la 2ème guerre mondiale il réalise l’Unité d’habitation de Marseille (1945-50), ses expertises pour le Palais des Nations-Unies de New-York, le plan d’urbanisme de Bogotá (capitale de la Colombie), de Chandigarh en Inde (capitale du Pendjab).

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Sa dernière période le voit réaliser des monuments religieux comme la Chapelle de Ronchamp ou le Couvent de La Tourette (image ci-dessus – photo R. Burri).

Enfin le projet de l’Hôpital de Venise. Il décède à Cap marin, à proximité de son « cabanon » de vacances, dans la Mer Méditerranée, qu’il aime tant, en 1965.

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L’activité de l’architecte s’exerce au rythme de « corrections à la table » avec le projeteur concerné (Photo R. Burri, Magnum, Paris).

LE CORBUSIER ET SON LABORATOIRE

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Son atelier de peintre constitue ce laboratoire de « la Recherche Patiente » à Paris (Photo R. Burri, Magnum, Paris), d’abord avec Amédée Ozenfant, où il dépasse le cubisme, atteignant leur « purisme ». Il y effectue des centaines de peintures et lithographies. Proche de tous les supports d’expression artistique, Le Corbusier réalise en outre une quarantaine de ses « Mural-Nomads » en collaboration avec des ateliers de tapisserie renommés d’Aubusson en France, l’un d’entre-eux notamment dirigé par Vasarely.

Est-il un écrivain ? Titres principaux des livres du « Père Corbu »: Etude sur le Mouvement d’Art en Allemagne (1912), Après le Cubisme (1918), Vers une Architecture (1923), La Peinture Moderne, Une maison, un Palais (1928), Croisade ou le Crépuscule des Académies (1932), La Maison de Verre (1933), La Ville radieuse (1935), Quand les Cathédrales étaient blanches ... Voyage au Pays des Timides (1937), Des Canons, des Munitions ? Merci, des Logis, S.V.P. (1938), Le Lyrisme des Temps Nouveaux et l’Urbanisme (1939), La Charte d’Athènes (1943), Le Modulor (1950), Une Petite maison (1954), L’Atelier de la Recherche Patiente (1960).

Ou encore un designer ? Ses meubles sont réalisés dès 1928 avec son cousin Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand: de grands éditeurs de mobilier produisent encore ses « fauteuils grand confort », ou sa « chaise longue à réglage continu » (berceau orientable de peau tendue fixé aux armatures en tube d’acier nickelé, pivotant sur châssis en fer noir). Sa table à piètement tubulaire surmontée d’un plateau de bois (ou verre) figure dans les grands modèles classiques internationaux du genre.

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Enfin, un sculpteur ? (image ci-dessus – photo R. Burri, Magnum, Paris) Joseph Savina, ébéniste breton qui rencontre Le Corbusier en 1935, devient son ami. Il lui propose en 1945 « de sculpter ses tableaux ». Sculptés à distance au moyen de messages écrits ou dessinés entre cet ébéniste et l’architecte, ces « espaces indicibles et formes acoustiques » formalisent la réflexion de l’architecte chercheur.

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(image ci-dessus – Photo R. Burri, Magnum, Paris)

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Portrait extrait du billet de banque Suisse de 10 francs (1998)

Effigie du Corbusier

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Perspective à main-levée par Le Corbusier en 1921 in "VERS UNE ARCHITECTURE"

à propos de son invention du "plan libre" en architecture:

"Salon de Villa au bord de la mer construite en éléments de série: poteaux de béton armé tous les cinq mètres dans les deux sens; planchers en voûtes plates de ciment armé. (...) Les poteaux à section constante, les voûtes plates des plafonds, les éléments standards des fenêtres, les pleins et les vides constituent les éléments architecturaux de la construction. (...) Les cloisons légères peuvent être déplacées dans la suite et le plan peut être transformé facilement."

Texte source: 06.Corbusier.FR.1000.pdf

 

 
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