Les premières fabriques: l'industrie textile de l'Oberland zurichois

Études de cas: filature de coton Streiff SA, Aathal (ZH), reconversion de la filature Unteraathal, musée des machines textiles de Neuthal.

 

Avant-propos: les travaux préparatoires de base concernant l'approvisionnement en énergie et l'industrie textile sont à communiquer de façon visible avant l'excursion sur place: conduites forcées, réservoirs et turbines; préparation des fibres brutes et leur lavage, cardage, peignage et filage; puis le travail de filature proprement dit (enroulement des fibres, étirage, pour en tirer le fil), et finalement le tissage de la toile au moyen de la chaîne et de la trame. Des bases de connaissances peuvent être trouvées dans les chapitres marquants de l'ouvrage "Industrielle Revolution im Zürcher Oberland", édité par Jürg Hanser (1990). Il est également possible de se procurer des diapositives et des vidéocassettes dans les librairies spécialisées, les bibliothèques locales ou au Pestalozzianum de Zurich. On visitera par la suite le "Technorama" à Winterthour, section "Textiles".

 

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Moulin de Niederuster, datant de 1820 à 1842.

 

Situation géographique de l'Oberaathal, de l'Unteraathal et de Neuthal.

 

Il fut un temps où les cours d'eau canalisés constituaient l'unique source d'énergie cinétique (mécanique) bon marché; et les fabriques dans lesquelles étaient produits des objets avaient besoin de davantage d'énergie que les premiers ateliers qui les avaient précédés. C'est pourquoi les entrepreneurs qui fondèrent ces usines ont acquis les droits d'eau des moulins et scieries.

Le long de l'Aabach, entre le lac de Pfäffikon et celui de Greifensee, dans l'Oberland zurichois, on trouve 30 fabriques et usines, essentiellement des filatures, sur une distance de près de 10 km et avec une dénivellation de 102 m environ. Par la suite, leur nombre se réduisit de moitié, puis leurs roues à aubes cédèrent la place aux turbines.

 

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Filature Heinrich Kung, Oberuster, 1834.

Légende de l'illustration: "Le bâtiment de l'ancienne filature d'Unteraathal, bâti par Heinrich Kunz (le "Roi des fileurs") en 1851, ajout de la halle aux sheds 1903/1912, avec sa halle aux turbines.

Aujourd'hui propriété de Streiff SA (STA), l'usine ne fonctionne plus depuis 1971. L'imposant bâtiment, perpendiculaire à la vallée, demeure après sa reconversion un témoin marquant de l'importante tradition industrielle de cette région.

 

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Filature de Neuthal de 1827 contenant le musée du métier à tisser (voir texte).

 

Contexte historique et économique

Filer les textiles et tisser des toiles à domicile constituait un revenu important pour les catégories paysannes défavorisées des cantons de l'ancienne Confédération (plus de 50 % dans des régions comme Uster, l'Aathal et Wetzikon). La teinturerie (blanchiment, coloration) et le commerce de ces produits permirent à une élite rurale ainsi qu'à ses donneurs d'ordre de réunir de nouveaux capitaux grâce à leurs bénéfices. Après 1800, la concurrence des textiles provenant de filatures mécanisées anglaises devint toujours plus menaçante, il ne resta donc plus d'autre option aux entreprises du continent que d'adopter la mécanisation, et donc de développer des fabriques avec des milliers de bobines à filer et des douzaines de métiers à tisser.

Ces nouveaux industriels provenaient le plus souvent de la "bourgeoisie rurale", qui - après la Révolution française et sa transposition helvétique (de 1798) - venait d'obtenir une autonomie complète dans le milieu libéral. Une main-d'oeuvre bon marché et abondante pouvait être recrutée auprès des travailleurs à domicile.

 

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Brasserie d'Uster avec sa machine à vapeur de 1847.

 

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Brasserie d'Uster, machine de ventilation à vapeur Sulzer, 1847.

 

Références et influences extérieures

Au début on travaillait au moyen de machines à filer qui provenaient d'Angleterre, et parfois de France. Les bâtiments nouveaux (quand on ne récupérait pas un ancien cloître !) adoptent un style classique sommaire (Biedermeier), parfois agrémenté d'éléments importés d'Angleterre, comme par exemple la toiture des "sheds", à la silhouette caractéristique en zigzag et la haute cheminée évacuant la fumée des quelques machines à vapeur, dont la chaudière compensait les baisses de l'étiage de la rivière.

 

  

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Centre du village d'Oberuster avec la filature, le moulin et la caserne des pompiers.

Effets et conséquences

Dès les débuts, une partie des industriels du textile ont tenté de construire leurs propres machines; ce qui a amené certains d'entre eux à en faire par la suite leur spécialité à part entière. Le secteur de la production de machines textiles suisse devint ainsi une industrie d'exportation d'importance mondiale.

Le succès de cette industrialisation assécha complètement les effectifs disponibles et il fallut recourir à l'afflux de main d'oeuvre étrangère de régions éloignées (Argovie, Toggenburg, Italie du Nord). Pour ces travailleurs "invités" (souvent des contremaîtres), les industriels bâtirent des logements supplémentaires, logements ouvriers qui se distinguent clairement des maisonnettes "flarz" des tisserands et filateurs locaux ou de leurs collègues journaliers. Par la suite les "barons du textile" obtiennent la construction d'une ligne de chemin de fer: c'est ainsi que la première liaison de Zurich vers Glaris, Coire, puis Buchs et Vienne suivit la vallée "Aathal". D'ailleurs, le propriétaire de la ligne du Neuthal, Adolf Guyer-Zeller, fut surnommé en langage populaire "le roi du chemin de fer".

 

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Train à vapeur de l'association de train à vapeur de l'Oberland zurichois, Bauma (www.dvzo.ch).

 

De nouvelles inventions et les importants capitaux investis firent augmenter la productivité. On assista par la suite à un important processus de concentration qui voit disparaître 90 % de ces entreprises. Ceci amène la reconversion actuelle de la plupart des fabriques et usines de leur usage originel à une autre utilisation.

Dr René Hauswirth, Kantonsschule Hottingen, Minervastr. 14, 8032 Zürich

 
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