La fabrique de chocolat “Cailler” à Broc (FR)

Nestlé Suisse SA

Petit-fils de François-Louis Cailler, fondateur en 1819, à Vevey, d’une fabrique de chocolat, Alexandre Cailler (1866-1936) parcourt le pays à bicyclette à la recherche du site idéal pour créer une véritable industrie chocolatière. À Broc, il trouve de l’énergie hydraulique, une main-d’oeuvre abondante et bon marché, des scieries pour la fabrication des caisses nécessaires à l’expédition, ainsi que du lait frais de qualité à profusion. Au printemps 1898, les ateliers sortent de terre et les premiers kilos de chocolat sont livrés pour Noël. Au lendemain de l’incendie qui le détruisit à 90 % (1890), la population de Broc passe entre 1898 et 1920 de 450 à 2163 habitants. Mais à Broc, en 1898, il n’y a pas de chemin de fer! Cailler songe à un prolongement de la ligne à voie normale Bulle-Romont. Mais Fribourg avait déjà choisi la voie étroite pour son réseau du sud du canton. Le Bulle-Broc, inauguré en 1912, est donc contraint d’adopter l’écartement fribourgeois.

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Ainsi, pour effectuer les 6 km du trajet restant, les wagons de la chocolaterie sont aujourd’hui encore transbordés en gare de Bulle sur des châssis adaptés à la voie d’un mètre. De gauche à droite: halle des consens, la grande façade de 1904 et la condenserie.

 

L’essor des effectifs du personnel et l’évolution de la production ont été fulgurants, avant que les emplois ne subissent les aléas de la conjoncture économique (Deuxième Guerre mondiale), puis ceux de l’automatisation, à partir des années 1960:

  • 76 ouvriers en 1898, 630 en 1901, 1250 en 1910, 1796 en 1920 (maximum)… et 473  en 1945, à la démobilisation. Et alors que l’effectif du personnel remonte à 1200 en 1963, il se retrouve au niveau le plus bas en 1997, avec 450 personnes, mais avec une production quintuplée par rapport à 1910-1920: quatre fois moins de personnes produisent cinq fois plus!
  • Des 100’000 kg de la première année, la production est passée aux 17’000 tonnes de tablettes, de branches, de boîtes, de lapins de Pâques… actuelles (40% à l’exportation). La fabrique de Broc expédie dans 60 pays 3000 produits finis confectionnés à partir d’une centaine de matières premières. Certaines chaînes de fabrication, robotisées, comptent parmi les plus performantes du monde.

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La salle des conches dans la halle de 1907où s’opérait le malaxage de la pâte du chocolat. Noter les corroies de transmission de la force hydraulique de la rivière voisine de l’usine.

 

En 1911, Cailler fusionne avec les maisons Peter et Kohler, et en 1929 la PCK rejoint le groupe mondial Nestlé dont le siège est à Vevey. Passer à la fabrique, pour un éleveur gruérien, c’est adopter une vie réglée par la sirène de l’usine, l’horaire strict, la journée de douze ou dix heures, toute l’année durant: travail en équipe, vacarme et cadence des machines, ordres du contremaître…

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Dès 1907, l’immense façade dans l’environnement sauvage des premiers contreforts préalpins.

 

Mais c’est aussi gagner une certaine sécurité: salaire régulier à la quinzaine, assurances, retraite… Dès les débuts de la fabrique, les ouvriers brocois peuvent cotiser aux caisses de l’entreprise (maladie, compensation militaire, prévoyance-retraite), consulter gratuitement le médecin, bénéficier d’allocations de naissance ou d’indemnités de décès. Et surtout, chose incroyable, il y a le samedi après-midi congé payé! Mais la semaine est encore de 55 heures en 1914 (64 heures en 1900). Au début du siècle, une famille de six personnes doit travailler à quatre pour arriver à nouer les deux bouts.

  

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Le directeur de la fabrique et sa famille (Jules Bellet, beau-frère d’Alexandre Cailler) fait du canotage sur l’étang de sa villa. En arrière-plan, le prolongement de la grande façade.

 

Le patron, lui, réside à distance, à la villa, où seuls les domestiques peuvent pénétrer. Là, il mène une vie privée secrète, fréquente le grand monde, ce qui ne l’empêche pas, au détour d’une pause, de s’entretenir en patois avec un groupe d’ouvriers. Pourtant, pas question de revendiquer: l’obéissance au patron qui pourvoit au nécessaire de ses employés doit rester absolue et la moralité de l’ouvrier sans reproche.

Trois groupes de bâtiments aux styles caractéristiques marquent aujourd’hui encore très distinctement les trois grandes étapes de construction de la fabrique.

1.  Un premier complexe de bâtiments à deux étages, en forme de quadrilatère, est édifié en 1898, avec une cheminée de 30 m de hauteur aujourd’hui démolie. On voit encore les grands toits de tuiles à deux pans dépasser à l’arrière, sur la droite. Des fenêtres de section rectangulaire, sans ornementation, percent des façades uniformes, à la manière des grandes filatures de la Suisse centrale ou orientale.

2.  Quant à l’impressionnant corps central (trois étages, toit plat), construit en 1903-1904, il frappe par ses dimensions et son élégance. Deux tours à toit plat, percées de triples baies en plein cintre façon italienne, animent l’immense façade. Alexandre Cailler confie les travaux au bureau lausannois Georges Chessex & Charles-François Chamorel-Garnier. à l’instar des écoles, des hôtels, des banques, des gares, des bâtiments officiels… les usines cherchent aussi à se signaler à l’attention par une architecture monumentale digne d’être admirée: elles ne sont plus ces “horreurs” tout juste bonnes à produire de la “camelote”. La grande cheminée de briques rouges, toujours utilisée, culmine à 42 m de hauteur et contribue à l’équilibre de l’ensemble autant qu’à sa symbolique.

3.  Les étapes récentes de l’extension des bâtiments se lisent dans les différentes formes utilisées jusqu’à l’immense halle de stockage et d’expédition (1994), ultra fonctionnelle et complètement aveugle. Sensible à la valeur esthétique de la grande façade 1904, un peu reléguée à l’arrière plan par les derniers agrandissements, Nestlé a consenti en 1995 des moyens importants de restauration et de mise en valeur, en particulier de la tour ouest qu’anime un grand jet d’eau.

                  

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 Auteur : Dr. Pierre-Ph. Bugnard, Bulle.

 


VISITES

Adossée au torrent de la Jogne et aux forêts des premiers contreforts préalpins, la plus grande chocolaterie de Suisse se découvre derrière le village de Broc, en contrebas. On y accède par la route (depuis Broc 1km.) ou par la ligne des chemins de fers fribourgeois Bulle – Broc – Broc-Fabrique.Le site se visite:  La chocolaterie Nestlé (d’avril à octobre en semaine, inscription sur rendez-vous par téléphone 026 921 51 51 auprès du site de production de Broc même, ou au travers du service de relations publiques de Nestlé Suisse 021 924 51 24, ou par E-mail auprès du responsable des relatons publiques de Nestlé Suisse : [email protected] ou www.nestle.com). Pour des raisons d’hygiène, il n’est plus possible de pénétrer dans les ateliers, mais un film présente les principales étapes de production et on peut jeter un coup d’œil sur certaines halles au travers de parois vitrées. De même pour l’usine électrique voisine « Electrobroc » des EEF (Entreprises Electriques Fribourgeoises – www.eef.ch) .  

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BIENVENUE A ELECTROBROC LE CENTRE D'INFORMATION SUR L'ENERGIE DES EEF.

Une heure et demie de visite vous permettra de vous familiariser avec le monde de l'énergie.

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Vous pourrez notamment : suivre le cheminement de l'électricité, de la consommation à la production, regarder de près une centrale électrique en exploitationen savoir plus sur les autres moyens de produire de l‘électricité, découvrir d'autres formes d’énergie et enfin vivre la magie de l’électricité par des démonstrations d'effets à très haute tension. 

Ouvert de mars à décembre

Pour les groupes : Visites organisées sur rendez-vous, les jours ouvrables (026 921 15 37).

Pour le public : Le samedi, visite libre sans inscription préalable, de 9h00 à 12h00 et de 13h30 à 17h00.

Fermé les dimanches et les jours fériés.

Gare : 1636 Broc-Fabrique     

 
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