La machine papetière historique de Bischofszell

La plus ancienne machine papetière de Suisse se trouve à Bischofszell (TG). Construite en 1928 par le fabricant J. M. Voith de Heidenheim, elle a produit quotidiennement entre 10 et 12 tonnes de pâte à papier jusqu'en 1991. Cette machine mesure 35 mètres de long,la bande de papier produite fait 2,20 mètres de largeur. La vitesse de production maximale était de 95 mètres par minute. Sa production englobait surtout des matériaux d'emballage et des cartonnages de densités 30 à 450 g/m2, et à la fin de son exploitation du papier recyclé de bureau ou d'imprimerie.

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La fabrication de papier à base de fibres végétales est connue depuis 2000 ans. C'est de Chine via l'Arabie puis par l'Espagne que cette méthode de fabrication du papier est parvenue à la fin du 14ème siècle en Europe occidentale. La première moitié du XIXème siècle vit l'apparition de machines à fabriquer le papier avec arrivée de pâte, table plate, presses, cylindres de séchage et d’enroulage. Originellement, des fibres libériennes et textiles (chiffons, chanvre, lin, coton) étaient employées comme matière première. De nos jours, on utilise surtout des fibres de bois résineux, ainsi que des fibres de bois feuillus et diverses plantes annuelles (herbacées: agave, jute, sparte, paille, roseaux, jeunes rameaux d’arbres, ...). On utilise bien entendu de plus en plus de vieux papier (le taux de recyclage dépassant 50 %  A l’origine, la pâte à papier était préparée par meuleton géant et pile hollandaise (bassine ovale dans laquelle la pâte était brassée puis affinée au moyen d’un cylindre à lames métalliques).

Aujourd'hui, on applique la technique du pulpeur (sorte de mixer) pour la dissolution de la matière première, et du raffineur conique ou à disques pour moudre (affiner) la pulpe à papier. Des additifs tels que la colle de résine, qui rend cette pâte propice à l’écriture, le kaolin ou la craie, pour favoriser l’imprimabilité, ou d'autres adjuvants, selon les besoins (colorants, produits chimiques), sont ajoutés dans un cuve de mélange ou juste avant la machine papetière, de façon continue, au moyen de pompes de dosage.

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La machine papetière de Bischofszell, qui a été peu modifiée durant son exploitation, présente un double intérêt:

- on peut y observer l'état de l'art en construction mécanique des années 1920

- la mise en oeuvre du papier - depuis son état de pâte jusqu'à celui de papier bobiné prêt à l'emploi - y est visible, bien qu'elle ne fonctionne plus.

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Cette machine papetière est entraînée par un moteur unique à courant continu de 90 kW. La transmission des forces vers chacun des groupes s'effectue au moyen de courroies plates. L'adaptation du processus de production à la traction variable de la bande du papier humide est réglée au moyen des poulies coniques entraînant les courroies de façon variable. Chacun des groupes de la machine peut ainsi être individuellement embrayé ou débrayé; tous les paliers sont des paliers glisseurs.

       

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En amont de la machine papetière, la pâte à papier est diluée jusqu'à une densité d'environ 0,5 à 1,5 %. Ce liquide est versé sous forme de pâte à papier sur toute la largeur d'un tamis circulant sans fin. L'eau extraite sous pression lors de ce processus est recyclée pour une nouvelle dilution. Le supplément d’eau est aspiré au moyen d'une pompe à vide. La bande de papier, encore très humide, se déplace dans les cylindres-presseurs à feutrines. Après cette étape, le taux d'humidité est abaissé à 50 %. L'humidité résiduelle est alors évaporée au moyen de cylindres de fonte (échauffés grâce à un circuit de vapeur), entre lesquels la bande de papier est alternativement pressée des deux côtés.

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La machine de Bischofszell dispose en outre d'un cylindre d'aplanissement de 3,20 mètres de diamètre. Le papier qui y est pressé avec force devient aussi brillant que la surface de ce cylindre. En fin de machine, le papier passe encore au travers d'une calandre en acier à 4 cylindres, afin d'en ressortir lissé uniformément en surface et épaisseur. C'est alors l’enroulage. Le papier est enroulé sur des rouleaux selon la largeur et le diamètre désirés, ou découpé en feuilles de différents formats, qui seront emballées par ensemble de rames ou par palettes.

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La machine papetière de Bischofszell a été pourvue en 1950 d'une hotte à buée en tôle d'aluminium qui recueille l'air chaud humide dans la partie de séchage. Cet air passe dans un échangeur de chaleur, où il transfère sa chaleur à un apport d'air frais, lequel est par la suite insufflé dans la partie sèche. De cette façon, il est possible d'économiser une quantité appréciable de vapeur de chauffage.

La machine papetière est abritée dans un bâtiment de 55 mètres de long, 13 de large et 9 de haut.

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Ses parois sont constituées d'un double-mur ventilé en briques de terre cuite, interrompu par des baies en double-vitrage continues de bas en haut. Ce bâtiment est donc bien isolé thermiquement et correctement éclairé. Sa toiture plate en béton armé est double, ménageant un espace d'un mètre de hauteur. Cette réalisation en superstructure permet d’éviter la condensation de l'air humide émis par la machine. La partie sèche est surmontée par un puits de six mètres de haut sur onze de long, à clapets de ventilation réglables, qui servait à évacuer l’air chaud et humide avant que la hotte de buées fût installée.

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Depuis 1996, cette machine papetière est classée comme témoin historique, d'importance nationale, de notre culture industrielle. Acquise par "l'association de la Machine Papetière de Bischofszell" grâce à l'aide des pouvoirs publics et de nombreux donateurs, la machine et son bâtiment ont pu être rénovés de fond en comble en 1997, au moyen d'un programme d'occupation pour chômeurs. Cette machine constitue aujourd'hui un but de visite des plus intéressants.

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Dr W. Seebass, Thurweg 1, CH-9223 Halden

 

Texte source: 5.Papieri.1000 .FR.pdf

 

 
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