INFRASTRUCTURES DE L'HYDRAULISME GENEVOIS

 

Les activités liées à l'hydraulique

La première mention des moulins genevois, par l'évêque Marius d'Avanches, date de 563. Les emplacements les plus favorables de chaque cours d'eau étaient mis à profit pour la construction d'un ou de plusieurs rouages. Ainsi, c'est l'énergie hydraulique qui détermine les premières zones industrielles du pays genevois. Il y avait des moulins un peu partout sur le territoire traversé par des cours d'eau, car le Rhône et les rivières telles que l'Arve (Sierne et Vessy) avaient un débit suffisant pour assurer un fonctionnement continu des moulins. C'est ce qui permit aux industries établies à Carouge, à Plainpalais, à Versoix de prendre une confortable avance sur tous les autres moulins.

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On remédia à la faiblesse ou à l'irrégularité de certains cours d'eau en creusant, en amont du moulin, un étang qui servait de réservoir, fermé par une écluse. En aval de l'étang, on creusa un canal (bief), que l'on prolongea par un canal de bois où l'eau pouvait couler avec plus de force et actionner ainsi la grande roue qui entraînait les mécanismes à l'intérieur du moulin.

L'énergie hydraulique servait à faire fonctionner des meules - c'est le moulin proprement dit - mais aussi des battoirs. Les plans cadastraux exécutés au début du XIXe siècle par l'administration française indiquent plusieurs battoirs situés le long des rivières: sur l'Arve aux moulins de Sierne, aux Philosophes (Plainpalais), bien entendu sur le Rhône à la Coulouvrenière, etc. Cette petite industrie n'a pas résisté à l'évolution technique du XIXe et du XXe siècle, ni aux phénomènes de concentration qui en sont le fruit.

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Si, dès l'époque romaine, Genève fut déjà en partie pourvue d'eau potable par un aqueduc venant de la région de Savoie et par des citernes, et si l'on retrouve dès les XVe, XVIe et XVIIe siècles d'autres projets d'adduction et même d'élévation d'eau, c'est en 1708 que la première machine hydraulique y fut établie sur le bras gauche du Rhône. Ses derniers vestiges disparurent en 1884 lors de l'approfondissement de ce bras.

 

1843 vit la construction d'une seconde machine hydraulique en amont de l'Ile, agrandie en 1862, 1868, et 1870. En 1872, la Ville construisit un réservoir au Bois de la Bâtie, puis, en 1879, une usine hydraulique à vapeur, à l'entrée du quartier de la Coulouvrenière, enfin, de 1883 à 1886, l'Usine des Forces Motrices de la Coulouvrenière.

 

Installations au fil de l'eau sur le Rhône

 

Usine du Pont de la Machine 1843

La machine hydraulique alimente en eau du lac les fontaines de la ville. Le bâtiment est par la suite transformé en centrale électrique (1886) lors des travaux de réaménagement du cours urbain du Rhône liés à la construction de l'Usine des Forces Motrices. Les dynamos sont alors entraînées par des turbines alimentées par l'eau à haute pression en provenance de l'Usine de la Coulouvrenière. Le courant, de type continu, alimente un réseau couvrant les rues Basses, le quartier des banques et Saint-Gervais. Son barrage est destiné à la régulation des eaux du Léman.

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Usine des Forces Motrices de la Coulouvrenière 1883-1892

Utilisée pour la distribution d'eau aux ménages, elle est destinée également à produire la force motrice de l'eau pour les industries toutes proches. Après la démolition des premières roues hydrauliques de la Coulouvrenière et de Saint-Jean, cette installation doit restituer cette énergie aux usiniers. Au moyen d'une turbine régulatrice, l'énergie motrice peut actionner soit directement un arbre (énergie mécanique rotative), soit une dynamo (énergie électrique) qui alimente en courant une machine ou un système d'éclairage. Très rapidement, cette force motrice est remplacée par l'électricité, qui est, encore à l'époque, à l'état expérimental. L'Usine des Forces Motrices de la Coulouvrenière termine l'ensemble de l'axe hydraulique incluant l'usine du Pont de la Machine et constitue pour l'époque " … la plus grande usine hydraulique de Suisse, servant de distribution d'eau destinée tant à l'alimentation en énergie des machines qu'à celle en eau potable… ". Enfin, elle est couplée avec celle de Chèvres.

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Usine hydro-électrique de Chèvres 1893-1896

Ce barrage de retenue et le bâtiment des turbines sont destinés à produire l'électricité à grande échelle pour les industries disséminées sur le territoire genevois et les domiciles privés, ainsi que pour l'électrification de l'éclairage public et du réseau de trams. Ce magnifique ensemble est alors la plus grande installation au fil de l'eau du monde. Pour l'époque, la puissance développée est énorme et la technologie encore expérimentale. Sa mise en service en 1896 coïncide avec la fin du monopole exercé par la Compagnie industrielle du gaz et la municipalisation du réseau électrique. L'usine est démantelée et noyée en 1943 pour être remplacée par celle de Verbois.

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Usine hydro-électrique de Chancy-Pougny 1920-1925

Pour faire face à une demande accrue d'électricité, cette usine est construite à cheval sur la frontière franco-suisse. La typologie par rapport à Chèvres diffère par la dissociation du barrage et du bâtiment des turbines. Dans la perspective d'un projet d'aménagement du Rhône pour la navigation fluviale (canal Rhône-Rhin), la dernière vanne du barrage est conçue de façon à pouvoir être transformée en écluse.

 

Usine hydro-électrique de Verbois 1938-1943

Pour faire face à l'augmentation croissante de la consommation, le réseau genevois se connecte, en 1919, à celui de l'Energie de l'Ouest-suisse (EOS). Le remplacement de l'usine de Chèvres par une centrale plus puissante à Verbois, décidé en 1937, poursuit les mêmes buts. L'aménagement d'une chute de 20 m rehausse le niveau de l'eau jusqu'à la Jonction, noyant ainsi Chèvres. Cette usine est toujours en activité.

 

Usine hydro-électrique du Seujet 1987-1995

Cette installation est indispensable pour le respect de la convention de la régularisation du niveau du lac Léman. Elle a une triple fonction : elle régule le niveau du lac, module le débit du Rhône et produit de l'électricité. Elle rompt avec la lecture que les anciens bâtiments de l'axe hydraulique ont permis de nous offrir. L'installation ne se montre plus, elle se confond avec les eaux.

 

Texte source: 14.GEhydraulique.1.FR.pdf

 
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